Donald Trump gouverne comme il vit : sans limites ni garde-fous. Pouvoir personnel, provocations et décisions-chocs rythment un second mandat qui inquiète l’Amérique et secoue le monde. Décryptage…

2 janvier 2026, Donald Trump est en Floride. Le matin, il achète du marbre pour décorer la Maison Blanche. Le soir, il supervise la capture de Nicolas Maduro depuis sa luxueuse résidence Mar-a-Lago.

Cette journée pourrait être un condensé du retour au pouvoir du milliardaire de 79 ans: une suite de décisions qui atomisent les usages politiques, les limites institutionnelles et l’ordre mondial, prises avec sa volonté, parfois son caprice, pour seules boussoles.

Moi et l’Amérique d’abord

Plus encore que pendant son premier mandat (2017-2021), son slogan «America First» se traduit en réalité par «Moi et l’Amérique d’abord».

Après le rouleau compresseur de décrets fracassants et de déclarations assourdissantes en 2025, 2026 pourrait sonner un réveil des contre-pouvoirs américains face à cette entreprise inédite d’extension des pouvoirs présidentiels.

Les élections législatives de l’automne pourraient voir l’opposition démocrate s’emparer du Congrès, et plusieurs décisions de justice sont attendues sur des projets phare de la Maison Blanche, dont les droits de douane.

L’année qui s’ouvre est aussi symbolique, puisqu’elle marque les 250 ans de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis.

Cette éloquente condamnation du «despotisme absolu» était dirigée à l’époque contre le roi d’Angleterre.

«Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter»

Aujourd’hui, ce sont les adversaires de Donald Trump qui lui reprochent une dérive monarchique et autoritaire, au vu, par exemple, des poursuites engagées par la justice fédérale contre des adversaires du dirigeant républicain.

Depuis le 20 janvier 2025, «le gouvernement est conçu comme une continuation de la personnalité de son chef», constate pour l’AFP Noah Rosenblum, professeur de droit à la New York University.

Le chercheur se dit particulièrement frappé par la «corruption pure et simple» caractérisant selon lui ce second mandat, faisant valoir que les affaires privées des proches du président se superposent bien souvent à des manoeuvres diplomatiques ou réglementaires.

Mais Donald Trump estime n’avoir à rendre de comptes à personne. «Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter», a-t-il dit au New York Times.

Les USA ont «toujours eu un faible pour les charlatans»

«Trump vit au centre de son propre monde, et il a fait en sorte que cela devienne aussi notre centre», avec pour objectif que «notre attention soit toujours fixée sur lui», analyse William Galston, chercheur à la Brookings Institution, auprès de l’AFP.

Cela dans un pays, les Etats-Unis, qui ont «toujours eu un faible pour les comédiens et les charlatans», juge Noah Rosenblum.

Donald Trump a transformé la sobre Maison Blanche en décor rutilant de son «one man show», allant jusqu’à raser une aile pour construire une monumentale salle de bal – le chantier pour lequel il a fait des emplettes avant l’opération des forces spéciales américaines au Venezuela.

L’obsession de laisser une marque dans l’Histoire,

Travaillé par la volonté de laisser une marque dans l’Histoire, exaspéré par l’attention croissante portée à son âge, le plus vieux président jamais élu aux Etats-Unis se voit en bâtisseur et en conquérant. Il veut faire passer le Groenland, voire le Canada, et même Mars sous drapeau américain.

Son ambition impérialiste ne l’empêche pas de réclamer le prix Nobel de la paix – à défaut, il a reçu une distinction sur mesure de la fédération internationale de football (Fifa), exemple de la flatterie pratiquée par nombre de ses interlocuteurs.

Tous les jours ou presque, le président américain déclenche la colère de ses opposants politiques, l’effarement des dirigeants alliés ou les quolibets des internautes.

«Rage economy»

Tous les jours ou presque, la Maison Blanche surenchérit dans la moquerie ou la provocation, confirmant sa maîtrise des ressorts de la «rage economy» – ce concept selon lequel les médias et les réseaux sociaux encouragent la colère ou l’indignation pour mieux retenir l’audience.

Cette communication agressive a en partie permis à Donald Trump d’effectuer en 2024 l’un des plus spectaculaires retours politiques de tous les temps.

Mais s’il veut éviter que le Congrès, aujourd’hui républicain, ne vire démocrate lors des «midterms», attiser les divisions politiques pourrait ne pas suffire.

Le président américain est confronté à l’agacement des électeurs sur le coût de la vie et à un malaise croissant face aux méthodes brutales de la police de l’immigration – deux grands sujets de sa campagne présidentielle victorieuse.

Il s’est déjà mis au centre de ces élections qui renouvellent un tiers des sièges du Sénat et la totalité des sièges de la Chambre des représentants.

«Si vous ne gagnez pas les midterms, (les démocrates) trouveront une raison de lancer une procédure en destitution contre moi», a-t-il lancé à des élus conservateurs.

Donald Trump fait pression pour modifier certaines règles électorales, d’une manière qui serait favorable aux candidats de droite.

En cas de défaite électorale, difficile d’imaginer qu’il s’incline gracieusement.

Le républicain martèle que les élections aux Etats-Unis sont «truquées» – sauf quand il gagne.

Source: https://www.bluewin.ch/fr