Pointant des failles graves dans le rapport d’audit de la Présidence de la République ayant abouti à leur poursuite, les accusés du Procès Paramount ont tous nié les faits qui leur sont reprochés. L’ancienne ministre Bintou Camara, auteur du rapport, est finalement sur le banc des accusés.

Lundi 22 décembre 2025, a commencé le procès de l’affaire du marché public dit « PARAMOUNT », officiellement intitulée « Ministère public contre Boubou Cissé et co-accusés ».

Sur les dix-huit personnalités civiles et militaires poursuivies, treize ont répondu à l’appel de la Cour, tandis que cinq accusés sont absents, faisant toujours l’objet de mandats d’arrêt internationaux émis depuis plusieurs années. La Cour avait donné un delai de 72 heures à la defense pour formaliser la citation à comparaître les témoins clés : l’ex Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga, les Généraux Sadio Camara, actuel ministre de la Défense, Ibrahima Dahirou Dembélé, au poste de l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Mali auprès du Royaume d’Arabie saoudite, le Général de Division Aboubacar Sidiki Samaké…

Ont comparu notamment : Thiénan Coulibaly, l’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants; le Général Moussa Bemba Keïta, l’ex-Chef d’État-major général des Armées et ancien ministre de la Sécurité ; le Général Mahamane Touré, également ancien chef d’État-major général ; le Général Souleymane Bamba, Chef d’état-major de l’Armée de l’air et Chef d’état-major général adjoint des Armées; le Général de brigade Moustapha Drabo, alors Directeur du Matériel, des Hydrocarbures et du Transport des Armées et le Colonel-major Nouhoum Dabitao, ex-Directeur du Commissariat des Armées.

Il y a aussi le Colonel Abdoul Wahab Touré, 8ancien Directeur des Finances et du Matériel du ministère de la Défense ; le Colonel-major Mamourou Togo ; Commandant Aminata Doho; Bougadaly Bah; Mamadou N Traor; Abou Traoré et Mamadou Koné.

Les cinq poursuivis n’ayant pas répondu à l’appel sont l’ancien Premier Boubou Cissé, les ex-ministres des Économies et des Finances Mamadou dit Igor Diarra et Thieman Hubetr Coulibaly, Colonel Mamadou Lamaine Diakité et l’ancien Présidé Directeur Général de la Banque Malienne de Solidarité (BMS-SA), Babaly Bah.

Deuxième journée du procès s’est poursuivie mardi 23 décembre

L’ancien ministre de la Défense et des Anciens combattants, Tiénan Coulibaly, a vigoureusement rejeté l’ensemble des charges retenues contre lui, notamment celles relatives à une prétendue « atteinte aux deniers publics ». « Tout ce qui se trouve dans ce rapport venu de la 8Présidence de la République est faux. Nous n’avons pas volé 11 milliards de FCFA », a-t-il martelé.

Selon lui, ce procès repose essentiellement sur un rapport de la Présidence qui, estime-t-il, souffre d’un grave déficit de crédibilité. Il a dénoncé un document élaboré sans consultation des principaux acteurs impliqués dans l’exécution du contrat, notamment lui-même, les services du Trésor public ainsi que le ministère de l’Économie et des Finances.

Lundi 29 décembre, 5e journée : cité pour « complicité active et passive » dans l’exécution du contrat « EMBRAER », l’ancien Directeur des Finances et du Matériel (DFM) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants, le Colonel-Major Nouhoum Dabitao, a rejeté en bloc toutes les charges portées contre lui. À la barre, il a soutenu n’avoir « pris part ni à la négociation, ni à l’élaboration, encore moins à la conclusion dudit contrat », estimant qu’« on ne saurait être complice d’un acte auquel on est étranger ».

La sixième journée du procès, mardi 30 décembre, a vu la comparution du Colonel-major Abdoul Wahab Touré, ancien Directeur des Finances et du Matériel (DFM) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants (MDAC). Il a vigoureusement nié les faits de complicité qui lui sont reprochés dans le rapport de la Présidence.

En poste du 31 mars 2017 à mars 2019 et en détention depuis 2022, l’officier supérieur est poursuivi pour complicité présumée de faux, usage de faux, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux, en lien avec l’exécution du contrat d’armement signé entre l’État du Mali et le groupe sud-africain PARAMOUNT LTD, ainsi que le marché conclu avec la société brésilienne EMBRAER pour l’équipement de l’armée de l’air malienne.

Le Colonel Mamourou Togo réfute toute implication dans la négociation et la signature du contrat

Auparavant, le Chef de la Division Approvisionnement de la Direction des Matériels et des Finances (DFM) du ministère de la Défense et des Anciens Combattants au moment des faits, le Colonel Mamourou Togo, avait été comparu dans la matinée, devant la Chambre criminelle spécialisée en matière économique et financière du Pôle national économique et financier. À la barre, l’officier supérieur a catégoriquement rejeté toutes les accusations « de complicité active ou passive » portées contre lui. D’un ton ferme, il a déclaré : « Je n’ai pas été associé à la négociation ni à la signature dudit contrat ou de son avenant. Je n’ai posé aucun acte pouvant m’impliquer, de près ou de loin, dans les faits qui me sont reprochés ».

Selon l’arrêt de renvoi, fondé sur un rapport de la Présidence de la République, le Colonel Mamourou Togo, alors Chef de la Division Approvisionnement de la Direction des Finances et du Matériel (DFM) du ministère de la Défense et Anciens Combattants en 2015-2016, est poursuivi pour « complicité active et/ou passive », par aide, assistance ou omission de dénonciation, dans « les crimes de faux et usage de faux » ainsi que « d’atteinte aux biens publics ». Ces infractions sont reprochées aux principaux accusés, à savoir Tiéman Hubert Coulibaly, Tiéna Coulibaly, Mamadou Igor Diarra et Boubou Cissé, dans le cadre de la conclusion et de l’exécution du contrat de marchés « PARAMOUNT–EMBRAER » du 27 octobre 2015 et de son avenant.

Au 10e jour, le Chef d’État-Major Général des Armées du Mali (CEMGA) de novembre 2013 à juin 2016, le Général Division Mahamane Touré, est poursuivi sur la base de l’arrêt de renvoi émis par la Présidence de la République. Il est accusé « de complicité de faux et usage de faux, ainsi que d’atteinte aux biens publics », des infractions reprochées notamment à Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense et des Anciens Combattants, et à Boubou Cissé, ex-ministre de l’Économie et des Finances, pour la période 2015–2016.

Le Général Touré accusé de s’être « abstenu de dénoncer des faits infractionnels dont il aurait eu connaissance

Face aux questions des membres de la Chambre criminelle, du ministère public, du Contentieux de l’État et des avocats de la défense, le Général de Division Mahamane Touré a tenu à préciser que le contrat d’armement ne relève pas des attributions du Chef d’État-Major Général des Armées. Il a rappelé que le CEMGA a pour missions essentielles la conception de la stratégie militaire, la planification des opérations, le commandement des forces et le conseil au Gouvernement, sans intervenir dans les procédures contractuelles financières.

Il a confié avoir été profondément surpris d’être poursuivi pour des faits survenus après son départ.

L’ancien CEMGA a également indiqué que sa préoccupation principale n’était pas la gestion des contrats, mais la capacité opérationnelle des unités sur le terrain.

Depuis l’ouverture des débats, accusés et avocats de la défense rejettent unanimement la crédibilité du rapport ayant servi de fondement à la procédure judiciaire. Ce document, établi sous la Transition militaire, est qualifié par les prévenus de « controversé, erroné et dépourvu de toute valeur probante ». Les doutes portent tant sur la méthode que sur la qualité des auteurs de ce rapport transmis par la Présidence de la République aux autorités judiciaires.

Identifiée comme l’auteure dudit rapport, Mme Bintou Camara, ancienne Conseillère spéciale du président de la Transition et ex-ministre de l’Énergie et de l’Eau, est au cœur des critiques. Expert-comptable de profession, elle dirigeait avant sa nomination le cabinet MAECO (Cabinet malien de l’audit, de la comptabilité, de l’expertise comptable et de conseil en organisation). Selon plusieurs avocats de la défense, ce cabinet aurait élaboré le rapport litigieux, ensuite transmis à la justice par la Présidence.

Les conseils des accusés dénoncent une violation flagrante des principes élémentaires du contrôle, notamment celui du contradictoire. Ils estiment qu’un dossier d’une telle gravité, impliquant d’anciens ministres, un ex-Premier ministre, des officiers généraux et des institutions bancaires, aurait dû reposer sur des audits réalisés par des structures légalement habilitées, telles que le Bureau du Vérificateur général, l’Inspection des Finances ou le Contrôle général des services publics.

C’est sur la base de ce rapport qualifié d’« erroné » que 18 personnes ont été inculpées, certaines placées en détention, d’autres poursuivies sans mandat de dépôt, tandis que des mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre celles ayant quitté le pays.

Sur le fond du dossier, les débats ont permis de rappeler que le marché d’armement, d’un montant initial de 59 millions de dollars, avait donné lieu à des paiements effectifs de l’État du Mali s’élevant à environ 11 milliards de FCFA. Les livraisons et prestations réalisées par Paramount — notamment la livraison de huit engins blindés, la réparation de deux avions et la formation de pilotes — sont évaluées à 8 milliards de FCFA, factures et bordereaux à l’appui. Après compensation, un solde de 3,7 milliards de FCFA resterait dû par Paramount à l’État malien, montant proposé comme garantie pour les livraisons futures des 28 engins blindés restants.

Le contrat, jamais formellement résilié, demeure bloqué depuis décembre 2019. Des correspondances versées au dossier par l’ex-ministre de la Défense, Tièna Coulibaly, attestent que le marché est toujours juridiquement en cours.

Face aux nombreuses contestations, la Chambre criminelle spécialisée a accédé à la demande de la défense en ordonnant la comparution de Mme Bintou Camara. Ce mardi 30 décembre, la juridiction a confirmé que la convocation lui a été régulièrement notifiée par voie d’huissier. Elle devra se présenter à la barre dans les prochains jours pour expliquer la méthodologie et les conclusions de son audit, rejetées en bloc par les accusés.

N.D