Le récent audit du financement public des partis politique a révélé des insuffisances dont il faut tirer des mesures correctives à la gouvernance du pays.

Le propre des systèmes démocratiques est qu’ils nécessitent des évaluations périodiques, pour y introduire des réformes appropriées. C’est pourquoi des mécanismes d’audit sont prévus d’administrer les correctifs nécessaires au fonctionnement optimal des institutions. C’est ce qui semble avoir incité les autorités de la Transition maliennes à opter pour un audit du financement public des partis politiques, après plus de trente ans d’exercice démocratique.

En effet, avec le contexte du pouvoir d’exception, marqué par un discrédit ambiant sur la chose politique, une évaluation de ce financement public s’est imposé comme impératif ; dans la perspective de la relecture de la Charte des partis politiques. Surtout une opinion dominante estime que le nombre des partis politiques est simplement pléthorique… C’est ainsi que le rapport de cet audit vient d’être rendu public et doit inspirer les dirigeants dans le chantier de ces réformes très attendues dans le pays.

En effet, sur la période auditée, qui est de 25 ans, de l’année 2000 à 2025, le Rapport signale que plus de 24milliards F CFA ont été injectés dans cette subvention de l’Etat à nos formations politiques. et le document de souligner que ces fonds ne semblent pas avoir été bien gérés. Ils n’ont pas servi, comme prévu par les textes, à l’animation des débats politiques, à la conscientisation des citoyens, à la culture des valeurs de civisme, de citoyenneté, etc.

Mais cela n’empêche pas les experts des questions de gouvernance politique de se demander si les insuffisances constatées doivent justifier un affaiblissement de la classe politique.

Pour de nombreux observateurs, l’on ne peut concevoir la gouvernance même d’un pays sans acteurs politiques. Car, ceux-ci constituent des voix de propositions et de critiques (constructives) sur la conduite des affaires publiques. Car, relèvent-ils, nul ne peut avoir la destinée de tout un peuple dans ses mains et se refuser à récolter les suggestions et alertes éventuelles des gouvernés. Donc, les insuffisances notées par l’audit ne doivent pas motiver un quelconque système de démantèlement de l’échiquier politique existant. «Il n’y a pas de gestion publique sans politique », souligne un analyste.

Il faut préciser que, l’audit révèle que sur les 295 partis politiques régulièrement enregistrés au ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation, 151 n’ont jamais déposé leurs comptes annuels à la section des comptes de la Cour suprême. Ils bénéficient, néanmoins, du financement de l’État dans le cadre de leurs activités, note le rapport. Dans le même temps, « 120 autres partis politiques n’ont pas régulièrement observé l’obligation de dépôt des comptes annuels ».

 Quant aux 144 partis politiques qui ont déposé une fois un compte de gestion à la section des comptes de la Cour suprême, 13 s’en sortent avec le gros lot. Leurs ressources, selon la mission, sont supérieures à 500 millions de francs CFA et représentent 73,2% des ressources des 144 partis politiques. Ainsi, l’aide financière reçue par eux, représente 82,4% de la totalité de l’aide financière octroyée qui s’élève à environ 23 milliards de francs CFA. Il se dégage « une prédominance de l’aide financière dans les ressources de ces partis » conclut l’audit.

Face à ces irrégularités, la section des comptes de la Cour suprême recommande au gouvernement d’engager une réflexion approfondie sur le financement public des partis politiques. Elle lui recommande également d’inscrire dans la nouvelle charte des partis politiques, des sanctions administratives ou pénales pour des « partis qui ne justifieraient par leurs dépenses par des pièces conformes ».

La publication de cet audit est un indicateur de la volonté d’assainir un tant soit peu le microcosme politique, où s’étaient abrité certains cadres avides de gains sordides sur le dos de l’Etat. Puisque de nombreux partis politiques étaient devenus des instruments de négociations de postes administratifs, nominatifs ou électifs et permettant de monnayer des subsides dans des sphères de l’Etat.

Il urge donc que les innovations correctives envisagées mettent sur pied des garde-fous contre ces pratiques peu orthodoxes. Elles doivent aussi introduire des dispositifs de promotion de l’éthique et de l’engagement patriotique dans l’activité politique. Ce qui permettra aux futurs partis politiques d’être plus crédibles et plus attachés à la saine gestion des ressources de l’Etat.

Il faut rappeler que le président de la Transition, le général d’Armée Assimi Goïta, vient d’annoncer des concertations pour cette année 2026, dans le but d’examiner les orientations claires à fixer, pour relire la charte des partis politiques et les conditions de leur création et activités.

Boubou SIDIBE/maliweb.net