L’arrivée de l’émissaire américain Nick Checker à Bamako, le 2 février 2026, au nom de l’administration Trump, suscite de vives interrogations au sein de l’opinion malienne et de l’espace AES.

Entre signaux d’ouverture pragmatique et réalités sécuritaires troubles, la stratégie américaine semble naviguer entre deux eaux, oscillant entre Realpolitik et calculs économiques.

Donald Trump aborde le Mali avec une vision décomplexée, débarrassée des contraintes morales qui avaient paralysé l’administration précédente. Ce que Washington propose aujourd’hui, c’est un partenariat transactionnel. Les États-Unis ont pris acte que l’isolement diplomatique n’a pas affaibli la Transition malienne ; au contraire, il a ouvert un boulevard stratégique à la Russie.

Le pragmatisme de Trump : entre ressources et Realpolitik

Le premier enjeu est économique. Le Mali, qui prévoit de produire 590.000 tonnes de lithium en 2026, est devenu un pivot de la transition énergétique mondiale. Trump ne veut pas laisser ce marché, ainsi que l’uranium de l’AES, sous le contrôle exclusif de Moscou et Pékin. L’intérêt pour une coopération est donc réel, mais il est dicté par la sécurisation des chaînes d’approvisionnement américaines.

Le second enjeu est géopolitique. Si Washington ne marchera pas officiellement aux côtés de Moscou, l’administration Trump semble prête à une coexistence de fait. L’objectif n’est plus d’exclure les Russes – constat d’échec – mais de proposer une alternative américaine jugée plus performante techniquement, sans les leçons de morale sur la gouvernance qui exaspèrent Bamako.

Ce désir de coopération exprimé en fin 2025 se heurte pourtant à des faits que la diplomatie malienne ne peut ignorer. La réactivation soudaine des «Travel Advisories» en octobre 2025 ressemble fort à une arme de pression psychologique visant à fragiliser l’attractivité du pays.

Plus grave encore, les incidents récents jettent un froid sur la sincérité du réengagement américain. L’attaque contre la base aérienne de Niamey dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, dénoncée par le capitaine Ibrahim Traoré, montre que les menaces ne faiblissent pas au cœur même des capitales de l’AES. Par ailleurs, la présence de groupes opérationnels hébergés ou formés dans des pays voisins, sous l’œil passif ou complice de certains partenaires de l’OTAN, interroge. Comment parler de «lutte commune contre le terrorisme» quand des matériels de guerre circulent pour harceler les États de la Confédération ?

La réponse de Bamako : diplomatie de la fermeté

Face à Nick Checker, le langage diplomatique malien doit être celui de la conditionnalité souveraine. On ne peut pas demander au Mali de «choisir» son camp alors que ses partenaires stratégiques actuels-la Russie en tête-sont les seuls à avoir fourni les moyens de reconquérir des localités clés.

La réponse ferme consiste à exiger des actes concrets : cesser l’instrumentalisation du renseignement et des alertes sécuritaires à des fins politiques ; désavouer explicitement les soutiens, étatiques ou non, qui utilisent les territoires voisins pour agresser l’AES ; inscrire toute coopération économique dans le cadre du nouveau code minier et des intérêts directs des populations maliennes.

Le signal fort envoyé par Trump à Bamako est une reconnaissance implicite de la force de l’AES. Mais c’est désormais au Mali d’imposer le rythme de cette danse diplomatique. La confiance ne se gagne pas dans les salons feutrés des départements d’État, mais sur le terrain de la lutte contre le terrorisme et dans le respect des choix souverains des peuples du Sahel.

MKL