Les atouts et les priorités de l’ancien président sénégalais

Un nouvel épisode s’ouvre dans la bataille diplomatique pour la succession d’António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies. Début mars 2026, le Burundi a officiellement déposé la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général, dont le mandat doit débuter le 1er janvier 2027. Cette initiative diplomatique, inattendue pour certains observateurs, pourrait redistribuer les cartes dans la compétition internationale qui s’annonce pour la direction de l’ONU.

a candidature de Macky Sall a été formellement transmise au siège des Nations unies à New York le 2 mars 2026 par le représentant permanent du Burundi auprès de l’organisation. La notification a été adressée à la présidente de l’Assemblée générale ainsi qu’au Conseil de sécurité, conformément à la procédure de désignation du futur secrétaire général.

Cette démarche intervient alors que le second mandat d’António Guterres doit prendre fin le 31 décembre 2026, ouvrant la voie à l’élection d’un nouveau chef de l’organisation lors de l’Assemblée générale à l’automne 2026.

En déposant ce dossier, le Burundi a ainsi officiellement fait entrer Macky Sall dans la course internationale pour diriger l’institution multilatérale la plus importante du système international.

Une initiative portée par la présidence burundaise de l’UA

Le choix du Burundi pour porter cette candidature n’est pas anodin. Le président burundais Evariste Ndayishimiye assure en effet la présidence tournante de l’Union africaine (UA) pour l’année 2026.

Dans les milieux diplomatiques, cette initiative est interprétée comme une tentative de donner à la candidature de Macky Sall une dimension continentale, en la présentant comme une option africaine plutôt que strictement nationale.

Certains analystes estiment que cette stratégie permet de renforcer la stature du candidat sénégalais en le positionnant comme un représentant potentiel des intérêts du continent dans la gouvernance mondiale.

Depuis la création de l’ONU en 1945, seuls deux Africains ont dirigé l’organisation : l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali (1992-1996) et le Ghanéen Kofi Annan (1997-2006). L’idée d’un nouveau leadership africain à la tête de l’organisation demeure donc un enjeu symbolique pour le continent.

L’argument du profil international de Macky Sall

Ancien président du Sénégal de 2012 à 2024, Macky Sall dispose d’une longue expérience politique et diplomatique. Avant son accession à la présidence, il avait occupé plusieurs fonctions majeures, dont celle de Premier ministre du Sénégal.

Sur la scène internationale, il s’est notamment illustré en tant que président de l’Union africaine en 2022, période durant laquelle il avait mené plusieurs initiatives diplomatiques, notamment sur les questions de sécurité alimentaire, de financement du développement et de réforme de la gouvernance mondiale. Dans la lettre accompagnant la candidature, l’ancien chef d’Etat met en avant une vision articulée autour de trois priorités majeures : la refondation du multilatéralisme dans un contexte de crise de confiance envers les institutions internationales ; une approche intégrée reliant paix, sécurité et développement ; la réforme du Conseil de sécurité afin de mieux refléter les équilibres géopolitiques contemporains.

Son projet évoque également le renforcement de la prévention des conflits, la coopération avec les organisations régionales ainsi que la promotion de la jeunesse et de l’égalité de genre.

Déjà en Afrique, particulièrement au Sénégal, des messages de soutien à la candidature du candidat du continent se multiplient, à l’image de cet appel de l’ancien footballeur international El Hadj Ousseynou Diouf. Le joueur africain de l’année 2002 (ex-Ballon d’or africain) s’adresse aux légendes du football en ces termes : « En tant que citoyen du monde, je soutiens la candidature du président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Ensemble, pour un monde meilleur, un monde juste ! »

Une compétition internationale ouverte

Malgré cette entrée officielle dans la course, Macky Sall devra affronter une compétition diplomatique particulièrement intense.

Plusieurs personnalités influentes sont déjà évoquées comme candidates potentielles ou déclarées, notamment Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haut-commissaire aux droits de l’Homme ; Rafael Grossi, actuel directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique et Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica.

La désignation du secrétaire général de l’ONU obéit à un processus diplomatique complexe. Le candidat doit d’abord être recommandé par le Conseil de sécurité des Nations unies, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto, avant d’être approuvé par l’Assemblée générale.

Un enjeu géopolitique majeur

Au-delà de la personnalité de Macky Sall, cette candidature met en lumière les rivalités géopolitiques qui entourent la direction de l’ONU.

Le prochain secrétaire général devra diriger une organisation confrontée à de multiples crises : conflits armés, tensions entre grandes puissances, crise climatique, dette des pays du Sud et remise en cause du multilatéralisme. Dans ce contexte, l’ancien président sénégalais se présente comme un défenseur d’un multilatéralisme plus équilibré, capable de renforcer la voix des pays en développement dans les institutions internationales.

Une candidature à forte portée symbolique

En proposant Macky Sall, le Burundi envoie aussi un signal politique : celui d’une Afrique qui souhaite peser davantage dans la gouvernance mondiale. Reste désormais à savoir si cette candidature pourra fédérer un consensus au sein du continent et, surtout, convaincre les grandes puissances dont dépend en dernier ressort la nomination du futur Secrétaire général. Dans les couloirs de l’ONU, la bataille diplomatique ne fait que commencer.

  El Hadj A.B. HAIDARA