Une stratégie de résilience oubliée par les pouvoirs publics
Chaque année, à partir des mois de mars, avril, mai et un peu juin, Bamako en particulier et la plupart des villes du Mali en général, sont caractérisées par des températures très élevées (36°, 38°, 39°, 40°, 42°, 45°). Par conséquent cette hausse de la température nuit beaucoup à la santé des populations citadines, en diminuant leur qualité de vie et leur commodité.
Ce faisant, ce dernier temps, les pouvoirs publics sont en train d’aggraver la situation à travers l’exécution de certains projets urbains qui ne tiennent pas compte de la végétalisation de la ville de Bamako. Ces infrastructures urbaines, notamment la voirie urbaine, sont réalisées sans l’intégration du végétal en leur sein. C’est le cas actuellement de la section urbaine de la Route nationale numéro 6 (RN6) qui quitte la Tour de l’Afrique jusqu’à Niamana.
En pratiquant cette voirie urbaine, l’usager voit le ciel « grandement ouvert » avec un ensoleillement très intense qui frappe les citoyens aussi bien dans les véhicules, qu’à pied. Aucun végétal ne s’aperçoit à l’horizon en ce qui concerne les emprises de la voie.
Cette minéralisation extrême de cette section urbaine, contribue à l’augmentation de la température dans la ville de Bamako en général et dans les quartiers traversés en particulier. Par ricochet, cela diminue l’aménité, l’urbanité, et la qualité de vie des citoyens. Les trottoirs de la voie dédiés ou conçus pour la marche, sont aussi occultés de végétal.
Dans la ville de Bamako les modes doux de transport comme le vélo, la marche à pied, doivent être encouragés dans le cadre de l’adaptation face aux changements climatiques. Dans cette dynamique, les terrepleins centraux doivent aussi être végétalisés. À ce sujet, on doit veiller à leur entretien en y empêchant les entreposages, les stationnements de véhicules, les pratiques sociales et spatiales du secteur informel.
La ville ne doit pas être faite seulement par du bitume, du béton et de l’asphalte etc., elle doit être faite par une composition entre le végétal et le minéral. Dans les pays très développés, la toute minéralisation de la ville est finie. Ce type d’urbanisme est à son déclin. Pour ce faire, en ce qui concerne les stratégies d’adaptation face aux changements climatiques, c’est le végétal qui est priorisé et préconisé.
À ce titre, le végétal non seulement il joue un rôle important dans la fonction chlorophyllienne comme poumon de la ville d’une part, et d’autre part, il contribue à l’esthétique de la ville, en procurant à la ville, des paysages urbains et des urbanités particulières.
Dans cette posture, on assiste au retour dans la ville de la rusticité, donc de la nature. L’homme qui avait chassé de la ville, la nature, recourt à elle afin de se résilier face aux effets néfastes du changement climatique. L’autre projet urbain qui quitte Azalaï Grand Hôtel de Bamako jusqu’à Titibougou et qui aboutit sur la RN 27, risque d’être semblable au précédent.
En effet, en tant qu’enseignant-chercheur sur la ville, je me suis permis de parcourir le tronçon en chantier dans le but d’observer l’exécution des travaux d’aménagement. Mon inquiétude apparaît, c’est que ce grand projet de voirie urbaine, n’a pas prévu d’aménagement en végétal, non seulement au niveau des terrepleins centraux, mais aussi au niveau des trottoirs. En tout cas, les sections du chantier qui sont réalisées à Djélibougou et à Boulkassoumbougou, ne laissent pas s’apercevoir l’aménagement en végétal.
Par conséquent, on voit le ciel encore grandement ouvert. À n’en pas douter, si un apport en végétal n’a pas été prévu pour cette grande voirie dans sa section urbaine, cela va aussi entraîner la hausse de la température dans les communes traversées.
Cette route a de grandes emprises en certains endroits. À ce sujet, l’entreprise en charge de l’aménagement de la voie doit prévoir des petits massifs forestiers (comme on les voit dans les villes nouvelles en Europe) sur les espaces qui ne seront pas concernés par le bitumage.
Actuellement, dans l’attelage gouvernemental, il y a trois ministères (le Ministère de l’Urbanisme de l’Habitat, de l’Aménagement et des Affaires Foncières, le Ministère de l’Environnement, de l’Hygiène, et de l’Assainissement et de Développement Durable, et le Ministère des Équipements et des Transports) dont les actions sont transversales et s’inscrivent dans le cadre de l’aménagement urbain. Pour ce faire, ces ministères doivent conjuguer leurs efforts pour bien prendre soin de la ville de Bamako.
Dans le cadre de l’augmentation du végétal dans la ville dans un contexte d’adaptation au changement climatique, les parcs de bétail ou «Grabal» qui viennent d’être démolis et déguerpis à Faladié en Commune VI et Niamana en Commune VII, doivent être érigés en Parcs et jardins publics.
En effet, la Rive Droite du Fleuve Niger pour rattraper son retard face à cette inégalité spatiale en termes d’aménagement et d’équipement collectif structurant paysager face à la Rive Gauche, mérite qu’on y aménage ces friches urbaines en parcs et jardins publics.
Ce faisant, pour une durabilité ou une pérennisation de ces équipements publics urbains, on peut attribuer leur gestion à des structures privées. Ce qui va induire que l’accès à ces parcs et jardins, sera payant comme au Parc national de Bamako.
Toujours dans le même registre, et dans le but de l’augmentation du végétal dans la ville de Bamako, la restauration et la réhabilitation des anciens jardins publics aménagés par «Feu» le Président Amadou Toumani Touré (Place du Général Abdoulaye Soumaré, Place du Cinquantenaire à Darsalam, le jardin public de Badalabougou) et la Place CAN à Lafiabougou ACI par le Président Alpha Oumar Konaré, doivent être effectuées.
Pour terminer, un service consacré à l’aménagement et à l’entretien du végétal doit être créé au sein de la Mairie du District de Bamako dans le cadre de la résilience face au changement climatique.
Dr Abdramane Sadio SOUMARÉ, Maître de Conférences CAMES en Géographie urbaine et détenteur d’un Master en Urbanisme et Territoires, Spécialité : Aménagement des Espaces Publics, en service à la Faculté des Sciences Administratives et Politiques (FSAP) de l’Université KURUKANFUGA de Bamako (UKB) Cell: 00223.5.20.00.58/63.21.03.23

