Le paysage géopolitique du Sahel et de ses voisins côtiers connaît une accélération historique en ce début d’année 2026.
Alors que le Mali et la Guinée ont récemment obtenu des victoires juridiques et politiques majeures – avec l’annulation des sanctions par la Cour de justice de l’UEMOA pour le Mali et par la CEDEAO pour la Guinée – le Burkina Faso et le Niger affirment de nouvelles trajectoires de rupture. Ces événements traduisent, d’une part, une volonté de refondation interne radicale et, d’autre part, une confrontation diplomatique directe avec les piliers de l’ancien ordre régional.
Burkina Faso : la fin du multipartisme pour une refondation totale
Le décret de dissolution de l’ensemble des partis politiques adopté le 29 janvier à Ouagadougou marque une étape sans précédent dans l’histoire politique du Burkina Faso. Sous l’impulsion du Capitaine Ibrahim Traoré, cette mesure est présentée comme l’aboutissement d’un diagnostic sévère du système partisan, jugé responsable de la division des citoyens et de la fragilisation du tissu social. En abrogeant les textes régissant le financement des partis et le statut de l’opposition, le gouvernement de transition engage une «Révolution Progressiste Populaire» (RPP).
L’objectif affiché est de substituer à la prolifération des formations politiques une unité nationale absolue autour de la refondation de l’État. Cette nationalisation du patrimoine des anciens partis symbolise la volonté des autorités de faire table rase d’une gouvernance jugée obsolète. Pour Ouagadougou, il s’agit de mieux répondre aux agressions sécuritaires et sociales dont le pays est la cible par une centralisation accrue des forces vives de la nation.
Niger – Côte d’Ivoire : l’escalade de la tension diplomatique
Parallèlement à cette mutation interne au Burkina, le front diplomatique s’embrase entre Niamey et Abidjan. La convocation de l’Ambassadeur du Niger en Côte d’Ivoire ce vendredi 30 janvier 2026 fait suite à des propos tenus par les autorités nigériennes à l’endroit du Président Alassane Ouattara. Cette démarche ivoirienne, marquée par une «Note de Protestation» formelle, dénonce une atteinte à la dignité du Chef de l’État et une rupture des usages diplomatiques élémentaires.
Cette crise illustre le fossé grandissant entre les capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les pays-proxy de la sous-région situés sur la côte atlantique. Alors que le Niger, à l’instar du Mali, conteste la légitimité des pressions extérieures, la Côte d’Ivoire tente de réaffirmer son autorité institutionnelle tout en se réservant le droit de « tirer toutes les conséquences » de cet incident.
Une stratégie de résilience face aux pressions extérieures
Le contexte général est celui d’un Sahel qui refuse désormais les sanctions comme outil de gouvernance. Les précédents du Mali devant l’UEMOA et de la Guinée devant la CEDEAO ont créé une jurisprudence de la résistance : les sanctions ne sont plus perçues comme une fatalité, mais comme des obstacles juridiques que l’on peut renverser par la voie légale ou la ténacité politique.
Sur le plan médiatique, ces décisions sont portées par un discours de souveraineté totale. La dissolution des partis au Burkina et la fermeté verbale du Niger face à Abidjan participent d’une même logique : sécuriser l’espace intérieur contre les influences étrangères et les relais politiques perçus comme des vecteurs de déstabilisation. Dans ce Sahel agressé de l’intérieur par le terrorisme et de l’extérieur par les pressions économiques, la priorité est désormais accordée à la cohérence de l’action gouvernementale au détriment du pluralisme classique.
Vers un nouvel ordre régional ?
L’Afrique de l’Ouest assiste à la naissance d’un modèle de gouvernance qui se veut affranchi des standards libéraux traditionnels. La fin du financement des partis au Burkina Faso et la confrontation directe entre Niamey et Abidjan signalent que la région ne reviendra pas à l’équilibre d’avant-crise. L’enjeu pour ces nations sahéliennes est désormais de transformer ces ruptures politiques en victoires sécuritaires et sociales durables, tout en redéfinissant radicalement leurs rapports de force avec les institutions régionales et leurs voisins immédiats.
La Rédaction

