Construite en 1951 pour accueillir 400 détenus, la Maison centrale d’arrêt (MCA) de Bamako compte aujourd’hui dix fois plus de détenus. Une surpopulation carcérale qui s’est invitée, ce mardi 19 mai, à l’ouverture de la première session de la Chambre criminelle du tribunal de la Commune IV du district de Bamako.
« Qui n’a jamais entendu dire que la surpopulation carcérale est due au nombre élevé de mandats de dépôt ? », a interrogé le procureur Idrissa Touré, au début de son réquisitoire, en présence du ministre de la Justice et de son secrétaire général. « Quelle hypocrisie généralisée ! », s’est indigné le procureur Touré, dont la juridiction est l’une des plus indexées d’avoir la gâchette facile en matière de mandat de dépôt.
« Dans ce pays, a défendu le magistrat, tout le monde a démissionné et a laissé la régulation sociale à la seule justice ». Pourtant, la régulation sociale, assure-t-il, est bien une responsabilité commune mais partagée ou différenciée. Ainsi, le mandat de dépôt n’est que la conséquence de plusieurs facteurs.
D’abord, dit le procureur, « l’éducation familiale ou socioculturelle n’est plus ce qu’elle était ». Aussi, le contexte économique, avec son lot de jeunes oisifs, a une incidence sur le nombre élevé de petits vols.
Ces cas de petits vols font plus de mal aux justiciables que le détournement des deniers publics. Car, à la touche directement. Et il ne peut accepter de voir le voleur de moto dehors alors que l’affaire est à la justice. Ces petits vols « expliquent les 75 % des mandats de dépôt au tribunal de la Commune IV », selon le procureur.
Avec la démission des chefs de famille, la surpopulation carcérale s’explique aussi, selon le procureur, par les pouvoirs publics superstitieux. On a peur de construire des prisons parce que la superstition dit que celui qui construit une prison va y séjourner.
Dans ce contexte, tranche le magistrat, ce ne sont pas le nombre de mandats de dépôt qui sont élevés mais le manque de places qui doit interpeller les décideurs politiques.
Huit affaires sont au rôle des audiences de la chambre criminelle en commune IV. Les audiences se poursuivent jusqu’au 27 mai prochain. Au Mali, les chambres criminelles au sein des tribunaux de grande instance remplacent désormais les cours d’assises jugées lourdes et budgétivores.
Mamadou TOGOLA/maliweb.net

