L’addition financière de la guerre en Iran s’annonce déjà vertigineuse : près d’un milliard de dollars par jour. Mais le prix à payer pourrait être beaucoup plus important pour Donald Trump, et plus largement pour les Républicains. « Cette guerre est devenue l’exemple type de l’approche chaotique et égocentrique de M. Trump à la présidence », écrit le New York Times dans un éditorial de la rédaction. Lancé aux côtés d’Israël, le conflit s’impose désormais comme un test majeur de son pouvoir, et de sa capacité à en contrôler les conséquences, ce qui semble clairement lui échapper.
En choisissant d’engager les États-Unis dans une confrontation directe avec l’Iran sans consultation préalable du Congrès – du jamais vu chez ses prédécesseurs – Donald Trump a pris un risque institutionnel considérable. Nombreux sont ceux qui dénoncent une dérive du pouvoir exécutif, y compris dans son propre camp. L’opération militaire, habituellement décidée en hautes instances à l’aide d’un comité expert, apparaît ici comme pensée sur un coin de table entre proches du président pas forcément spécialistes de la question iranienne.
Tous les membres démocrates de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants exigent désormais que les hauts responsables de l’administration Trump comparaissent devant eux pour justifier leurs actions en Iran. Lors d’auditions tendues à la Chambre, des parlementaires ont ainsi pointé « une stratégie floue » et un recours contestable à l’autorité présidentielle en matière de guerre. Cette mise à l’écart du Congrès alimente la critique récurrente d’un président gouvernant seul, au mépris des équilibres constitutionnels.
Le manque de cap clair pèse sur sa crédibilité
L’administration peine à définir des objectifs précis et, surtout, une issue au conflit. Les motifs de cette offensive israelo-américaines ont changé à de multiples reprises depuis son début. Le président a même avancé qu’il s’y serait lancé sur un sentiment personnel. Trump avait expliqué qu’il avait agi parce qu’il avait « l’impression que l’Iran allait frapper des positions américaines ».
Au-delà de la décision initiale, c’est désormais l’absence de perspective qui inquiète. « Quelle est la stratégie de sortie ? », interroge un élu démocrate. Même dans le camp républicain, certains commencent à exprimer leurs doutes. Des figures conservatrices s’inquiètent d’un engagement militaire qui contredit la promesse de mettre fin aux « guerres sans fin ». Un flou stratégique qui nourrit un malaise croissant dans l’opinion, déjà sensible au coût humain et économique du conflit. Quelques jours après le lancement de la guerre, seuls 27 % des Américains l’approuvaient.
La crédibilité de Trump est également mise à mal puisqu’il aurait, selon les récentes informations, sous-estimé la capacité de l’Iran à utiliser le détroit d’Ormuz comme moyen de pression. « Un étudiant ayant des notions de géopolitique pourrait vous dire que le principal atout de l’Iran est ce passage étroit », a déclaré Chuck Schumer, chef de file des démocrates au Sénat. Or, ce blocage entraîne désormais une explosion du prix du pétrole dans le monde et dans son propre pays. Pour un président qui a fait du pouvoir d’achat un pilier de son discours, l’effet est dévastateur. L’opposition démocrate ne manque pas de souligner cette contradiction.
Une opportunité pour les démocrates
Le sénateur démocrate Chris Murphy, est allé plus loin : « C’est la guerre la plus incohérente et la plus mal gérée que l’Amérique ait menée depuis un siècle, et c’est peu dire. » La situation crée une opportunité non négligeable pour l’opposition, qui dénonce cette guerre, à l’approche des élections de mi-mandat. Plusieurs responsables du parti estiment que la situation pourrait rebattre les cartes électorales. « Je pense que les démocrates sont bien placés pour les élections de novembre et les élections de mi-mandat », a déclaré Kelly Dietrich, PDG du Comité national de formation démocrate. Les chances que le parti reprenne la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat, prévues en novembre prochain, sont passées de 81,5 % avant la guerre à 84,7 % aujourd’hui, rapporte The Economist. Et les chances que les démocrates remportent le Sénat ont bondi de 40,6 % à 50,8 %.
Certains républicains relativisent toutefois. Selon eux, les huit mois qui les séparent des élections laissent largement le temps à la guerre de prendre fin et aux prix de l’essence de baisser. « Les électeurs seront passés à autre chose d’ici novembre », affirme Jim Hobart, stratège républicain.
Esseulé sur la scène internationale
Sur la scène internationale aussi Donald Trump joue gros. Le lancement de cette offensive, en concertation avec Israël uniquement, isole les États-Unis. Confronté à son manque d’anticipation autour de la question du détroit d’Ormuz, Trump fait maintenant appel à l’aide ses alliés pour libérer le passage des cargos bloqués par l’Iran. Mais les réponses se font attendre ou sont négatives.
« Nous ne sommes pas partie prenante au conflit et donc jamais la France ne prendra part à des opérations d’ouverture ou de libération du détroit d’Ormuz dans le contexte actuel », a avancé Emmanuel Macron ce mardi 17 mars. Un son de cloche identique à nombre de ses homologues européens ou encore japonais et australiens. Quelque chose que Trump a du mal à digérer : « Depuis quarante ans, nous vous protégeons et vous ne voulez pas vous impliquer dans quelque chose de très mineur. », a-t-il déclaré ce lundi 16 mars.
Mais selon une source diplomatique française, les réticences des alliés historiques des États-Unis s’expliquent parfaitement : « Il a ignoré ses alliés pour lancer son opération militaire, et maintenant il attend d’eux qu’ils accourent quand il a besoin de leur aide. Aucun pays ne peut prendre le risque, dans l’état actuel des choses, de saisir cette main tendue et d’entrer dans un conflit qu’il n’a pas souhaité et dont les perspectives sont si floues », ajoute-t-il.
Les experts du New York Times avancent que la stratégie du locataire de la Maison Blanche de « façonner sa propre réalité » et de « l’ignorer et proférer des mensonges opportunistes » si elle le dérange lui avait jusqu’à présent réussi. « Mais la guerre se prête généralement moins à la manipulation que la politique ou le marketing. Les premiers signes de la guerre en Iran contredisent les fanfaronnades de M. Trump », analysent-ils.
Source: https://www.huffingtonpost.fr/

