Freetown, 19 juillet 2026

Excellences, Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de Gouvernement,
Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
Excellences, Mesdames et Messieurs les représentants des institutions de l’Union Africaine et des Nations Unies,
Distinguées invitées en vos rangs, grades et qualités,

C’est avec un profond sentiment de responsabilité, mais aussi de fraternité, que je prends la parole devant cette Auguste Assemblée, dans la continuité des propos que j’ai eu l’honneur de vous adresser lors de nos différentes rencontres. Ce que j’annonçais alors comme une conviction, je le reformule aujourd’hui comme un appel, celui du réalisme au service du bien-être de nos peuples. L’intégration africaine est la seule voie pour le développement et pour éviter les guerres entre nous.

Cette phrase inoubliable des Président Gowon et Gnassingbé Eyadema, illustre l’esprit du traité qui a donné naissance à notre communauté. Lorsque le 28 mai 1975, les 15 pères fondateurs de la CDAO se réunissaient au Nigeria, l’objectif pour eux était clair, très clair et simple, économique et commercial. Face aux grands ensembles qui dominaient le monde, il s’agissait de créer un grand marché commun ouest-africain pour le développement et la paix.

Parce qu’il y avait conscience que là où il y a le développement économique, il y a la paix. Et que ce n’est qu’ensemble que nous pouvons être forts et respectueux. Pour faire face aux grands enjeux mondiaux.

Ce n’est qu’unis que nous pouvons peser. Notre survie, notre prospérité dépend donc d’abord de notre capacité à rester ensemble, unis. La division n’arrange que celui qui divise.

Pas de place donc pour la division. Excellence, les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe quand elle devait être le dernier recours.

Or, sans hypocrisie, l’expérience nous enseigne, sans exception, que la sanction ne touche pas en premier lieu les pouvoirs ciblés. Elle frappe d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elle prive les hôpitaux de médicaments de première nécessité.

Elle vide le marché des arrêts indispensables. Elle suscite et alimente le trafic en tous genres. Elle pénalise simplement les filles et fils de la terre de nos ancêtres.

Une communauté qui, pour corriger un État, appauvri un peuple, s’éloigne de l’esprit même qui a présidé à sa création. Nos traditions africaines n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant, encore moins l’idée d’affamer et le combattre. La vision des pères fondateurs de notre communauté n’était ni punitive ni répressive.

Elle était avec une clarté que l’histoire n’a jamais démentie. Celle d’un espace de prospérité partagée. Où la libre circulation des biens, des personnes et des idées devaient rapprocher nos peuples plutôt que les isoler.

C’est pourquoi, je le dis avec le respect dû à cette assemblée, mais aussi avec la fermeté que commande ma responsabilité de chef d’État, recentrons-nous sur l’essentiel. Faisons de l’économie, de l’investissement productif et du bien-être de nos populations le cœur battant de notre action commune. Une communauté forte n’est pas celle qui sait le mieux sanctionner les membres, c’est celle qui sait le mieux les faire prospérer ensemble.

Excellence,

Nous devons adapter nos institutions à la réalité de notre époque. On ne soigne pas le paludisme et le cancer avec le même remède. Chaque mal appelle à son traitement.

Chaque situation appelle à sa réponse. Il en va de même pour nos nations. Chaque nation, chaque peuple porte une histoire des équilibres et des urgences qui lui sont propres.

Vouloir appliquer les réalités différentes, une seule et même ordonnance, aussi bien intentionnée soit-elle, ce n’est pas de la rigueur pour moi. C’est une méconnaissance sur la nature même de nos sociétés. Nos textes fondateurs ont plus d’un demi-siècle.

Le monde qu’ils décrivaient n’est plus tout à fait celui qu’on vit. Je le dis avec la conviction d’un nombre d’États associés de la pérennité de la CEDEAO. Réformer nos institutions, ce n’est pas affaiblir, c’est les inscrire dans la durée.

Réformer nos institutions, c’est les adapter à nos valeurs, à nos réalités, à nos coutumes, à nos traditions séculaires. Réformer nos institutions, c’est prendre en compte nos réalités, nos spécificités. Si nous avons respecté la règle de l’intangibilité des frontières héritées des accidents de l’Histoire, nous ne devons peut-être pas oublier qu’elle n’efface pas la réalité des obligations, les liens qui unissent toujours et à jamais le peuple.

Les frontières artificielles héritées de la colonisation les ont certes séparées, mais nous ne pouvons prendre la responsabilité de les diviser davantage et plus grave, de les opposer, d’affamer les mêmes familles qui se trouvent de part et d’autre des frontières à sa frontière. Cela serait un contraire à l’idée même qui a mené les pères fondateurs à créer cette communauté. Il nous faut des mécanismes qui distinguent la fermeté des principes, de la rigidité des méthodes, qui reconnaissent la légitimité de chaque nation déterminée jusqu’au dernier souffle, s’il le faut, à assurer le bien-être et la dignité de son peuple.

C’est ça la boussole. C’est pourquoi, avec tout le respect que je dois à chacune et à chacun d’entre vous, je vous exhorte Excellence à un retour résolu aux fondamentaux, le développement pérenne et l’économie. Nos peuples n’attendent pas de nous que les communiquer.

Ils attendent de l’eau, des routes, des usines, de l’énergie, des marchés ouverts, des emplois pour leur jeunesse. C’est à cette exigence et à cette existence seule que l’histoire agissera de notre génération de dirigeants. Je vous invite également, avec la même sincérité, à engager la refondation de notre modèle de gouvernance vers davantage de participation.

Une gouvernance qui associe nos peuples, notre jeunesse, nos opérateurs économiques et notre société civile à la définition même de notre destin commun. Une communauté ne se décrète pas depuis les seules capitales. Elle se construit avec ceux qui la vivent chaque jour.

Une communauté se construit avec tous les enfants sans exclusive, sans stigmatisation, sans injonction, ni influence extérieure et sans exclusive. Le 28 mai 1975, à Lagos, il y avait 15 pères fondateurs qui ont créé notre communauté qui, depuis plus d’un demi-siècle, nous réunit. 15 pères fondateurs parmi lesquels 10 militaires et 5 civils.

Donc, l’écrasante majorité des fondateurs était issue de l’armée. Leur attachement à la paix et à l’unité n’a jamais été démenti. Les militaires sont une partie de nous.

Ils ont consenti au sacrifice de leur vie pour préserver notre paix commune. Leur uniforme ne saurait donc constituer leur exclusion de la vie et de la gestion de notre communauté. Ils ne sont ni plus ni moins que les enfants du peuple.

Et notre Afrique, dans cette conception, ne constitue pas une exception. Excellence, la Guinée, filiale à son histoire et à sa vocation panafricaine, se tient prêt à œuvrer aux côtés de chacun de ses pères à la construction de cette communauté de prospérité partagée que nos dévancés ont rêvé pour nous. Ce n’est pas en nous divisant par la sanction que nous honorerons leur mémoire.

C’est en bâtissant ensemble, par le travail, la solidarité et la justice, l’Afrique de l’Ouest porte souveraine et prospère laquelle nos peuples ont droit. Avons-nous d’ailleurs vraiment le pouvoir de les diviser ? Je ne pense pas. Eux qui, au fil des siècles, malgré les frontières artificielles, sont restés unis à travers leur essence, leur rythme, leur mouvement et leur commerce.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.

Transcrit par MalinewsTV