Le procès de Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, et de Rokia Doumbia, dite « Rose Poivron », aura tenu l’opinion publique malienne en haleine durant deux jours.

Ouverte le lundi 10 août 2026 devant la Chambre criminelle de la Cour d’Appel de Bamako, l’audience s’est poursuivie le lendemain mardi 11 août avec les réquisitions du ministère public et les plaidoiries de la défense. Au terme des débats, la Cour s’est retirée pour délibérer. Le verdict est attendu le 17 août prochain.

L’affaire, particulièrement suivie, a attiré de nombreux sympathisants des deux prévenus au palais de justice. Autour de Ras Bath et de Rose Poivron, leurs avocats ont livré une bataille judiciaire destinée à contester les charges retenues contre leurs clients. Parmi les conseils présents figurait notamment Me Mohamed Aly Bathily, père de Ras Bath. Dès l’ouverture des débats, Ras Bath a rejeté les faits qui lui sont reprochés. Face aux questions de la juridiction, il a également exprimé sa surprise de comparaître devant la chambre criminelle pour les qualifications retenues dans cette procédure.

L’un des principaux points abordés a concerné l’existence présumée d’une association de malfaiteurs entre lui et Rose Poivron. Le chroniqueur a fermement contesté cette accusation, expliquant qu’il n’entretenait pas avec sa co-prévenue de relation particulière en dehors du cadre de son émission radiophonique. Il a notamment expliqué que l’intervention de Rokia Doumbia sur son plateau s’inscrivait dans le cadre d’un débat consacré à la hausse des prix de certains produits de première nécessité, à l’approche du mois de Ramadan.

Selon sa version, l’objectif de cette émission était de sensibiliser les populations sur la nécessité d’adapter les dépenses des ménages au contexte économique. Ras Bath a également rejeté toute volonté de porter atteinte aux institutions de l’État ou à leurs dirigeants. Autre moment important de l’audience : les déclarations de Ras Bath concernant l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

Le chroniqueur a reconnu avoir évoqué publiquement « l’assassinat » de l’ancien chef du gouvernement lors d’un meeting auquel il avait été invité. Il a toutefois rappelé avoir déjà fait l’objet de poursuites et d’une condamnation pour des faits liés à cette déclaration, sous la qualification de simulation d’infraction. Pour lui, cette nouvelle procédure, fondée notamment sur la qualification d’atteinte au crédit de l’État, soulève donc des interrogations.

Interrogé sur les éléments ayant nourri ses déclarations, Ras Bath a évoqué sa connaissance du rapport médical du défunt ainsi que les démarches entreprises par l’épouse et les avocats de Soumeylou Boubèye Maïga pour obtenir une évacuation sanitaire.

Rose Poivron conteste à son tour

À son tour, Rokia Doumbia dite « Rose Poivron » a rejeté les accusations portées contre elle. Elle est notamment poursuivie pour des faits liés à la diffusion de fausses nouvelles, dans un contexte marqué par la flambée des prix de plusieurs produits de première nécessité. À la barre, elle a livré sa propre lecture des faits et contesté avoir voulu porter atteinte aux autorités de la Transition. Les débats du premier jour ont ainsi permis à chacun des deux prévenus de présenter sa version, avant que l’audience ne soit suspendue.

La deuxième journée, mardi 11 août, a été consacrée notamment aux réquisitions du ministère public et aux plaidoiries des avocats. Dans ses réquisitions, le parquet a demandé dix ans d’emprisonnement ferme et une amende de 240 000 FCFA contre Ras Bath. À l’encontre de Rose Poivron, le ministère public a requis dix ans d’emprisonnement, dont cinq ans avec sursis, ainsi qu’une amende de 240 000 FCFA. Le parquet a également demandé que les intérêts de l’État soient pris en compte à hauteur du franc symbolique.

Astronomie

Après les réquisitions, les avocats de la défense ont présenté leurs plaidoiries. Ils ont contesté les charges retenues contre leurs clients et défendu leur lecture du dossier. À l’issue de ces échanges, la Cour d’Appel de Bamako a décidé de mettre l’affaire en délibéré. Le rendez-vous judiciaire est désormais fixé au lundi 17 août 2026, date à laquelle les deux prévenus devraient être fixés sur leur sort. Après plus de trois années de détention, l’attente s’annonce particulièrement lourde pour Ras Bath et Rose Poivron.

Et puisque les réquisitions du parquet ne valent pas condamnation, il appartient désormais à la Cour, seule compétente pour apprécier les faits et les éléments du dossier, de rendre sa décision. Jusqu’au verdict et à une éventuelle décision définitive, Ras Bath et Rose Poivron demeurent présumés innocents. Une page des débats est donc tournée. Une autre, décisive, s’ouvrira le 17 août !

Fousseyni SISSOKO

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