“Mon Général, vous avez honoré l’uniforme et vous avez servi le Mali avec fidélité” “Votre parcours constitue une source d’inspiration pour les jeunes générations d’officiers et de soldats”
“Il nous enseigne que la grandeur d’un militaire ne se mesure pas uniquement à la hauteur des responsabilités qu’il atteint”
“Il est dit que “la mort n’est pas la fin d’une existence ; elle est le moment où une vie entière se transforme en héritage”
Décédé le dimanche 30 août 2026, le général de division Mahamane Touré a été accompagné à sa dernière demeure, le jeudi 3 septembre, par une foule des grands jours. Sur la Place d’armes du 34e Régiment du Génie militaire, un dernier hommage a été rendu à l’ancien chef d’Etat-major général des Armées par ses compagnons d’armes. Aux côtés du ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens combattants, Oumar Diarra, étaient notamment présents le directeur général des douanes, l’inspecteur général Cheickna Amala Diallo, le chef d’Etat-major général des Armées ainsi que les officiers de la 5e promotion de l’Emia. Dans son oraison funèbre, le général de brigade Toumani Koné a retracé l’impressionnant parcours de feu le général de division Mahamane Touré. “Le général Touré fut un chef qui savait que la force d’une armée ne réside pas uniquement dans ses équipements ou dans ses effectifs. Elle réside également dans la discipline, la cohésion, la formation, la confiance entre les chefs et leurs hommes et, surtout, dans l’attachement indéfectible à la patrie. C’est cet engagement qui a guidé toute son existence”, a rappelé le général de brigade Toumani Koné dans son oraison funèbre que nous publions en intégralité.
C’est dans cet esprit de recueillement, de respect et de profonde reconnaissance que nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre un dernier hommage à un grand serviteur de l’Etat, à un officier d’exception et à un homme dont la vie fut entièrement consacrée au Mali : le général de division Mahamane Touré, ancien chef d’Etat-major général des Armées.
Le dimanche 30 août 2026, le général de division Mahamane Touré a quitté ce monde, laissant derrière lui une famille profondément éprouvée, des frères d’armes attristés et une Nation reconnaissante.
Aujourd’hui, face à cette douloureuse séparation, les mots semblent bien faibles pour exprimer ce que représente la disparition d’un homme dont l’existence fut marquée par plus de quatre décennies de service, d’engagement, de responsabilité et de fidélité à la République du Mali.
Mais lorsqu’un soldat d’une telle envergure nous quitte, le silence lui-même devient un hommage.
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Le général de division Mahamane Touré est né le 27 décembre 1953 à Markala, dans la région de Ségou. De cette terre du Mali profond, pétrie d’histoire, de courage et de traditions, allait émerger un homme dont le destin se confondra très tôt avec celui des Forces Armées maliennes. Incorporé dans les Forces armées maliennes en 1972, le jeune Mahamane Touré embrassa avec détermination la carrière des armes.
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Trois années plus tard, en 1975, il accédait au corps des officiers après l’obtention de son diplôme de l’École militaire interarmes du Mali. Dès lors, commençait une carrière remarquable, longue et particulièrement riche, au cours de laquelle il allait gravir, avec méthode et mérite, les différentes étapes du commandement et des responsabilités nationales et internationales.
De 1975 à 1981, il servit comme chef de section à la 1re Compagnie des commandos-parachutistes. C’est là, au sein de cette unité d’élite, qu’il forgea davantage son caractère de soldat. Le parachutiste apprend très tôt que la confiance dans son chef, la cohésion du groupe et la maîtrise de soi constituent des conditions essentielles de la réussite.
Le jeune officier Mahamane Touré y développa les qualités qui allaient caractériser toute sa carrière : la discipline, le courage, la rigueur, le sens du devoir et l’attachement indéfectible à la mission.
De 1981 à 1983, il devint commandant de la 1re Compagnie des commandos-parachutistes. Cette responsabilité marquait déjà la reconnaissance de ses qualités de chef et de meneur d’hommes.
Il poursuivit ensuite son parcours en occupant, de 1983 à 1984, les fonctions de directeur de l’Ecole militaire interarmes de Koulikoro. Cette étape de sa carrière témoigne de la confiance que l’institution militaire plaçait déjà en lui. Car former les futurs officiers d’une Nation est une mission noble et exigeante. C’est participer directement à la construction de l’avenir de l’armée.
De 1985 à 1986, il fut chef du Bureau instruction-stages au cabinet du ministère de la Défense, avant d’être nommé, de 1986 à 1988, directeur du Service national des jeunes. Son parcours se poursuivit ensuite au plus haut niveau du ministère de la Défense, notamment comme chef de cabinet du ministre de la Défense nationale, de 1988 à 1990. Parallèlement, il assuma les fonctions de commandant du Bataillon parachutiste de la garde présidentielle, entre 1989 et 1990.
Ces responsabilités multiples témoignent de la polyvalence d’un officier capable de commander une troupe, de gérer une institution, de conseiller les autorités politiques et de conduire des dossiers stratégiques.
En 1991, son parcours professionnel fut enrichi par l’obtention, en France, du prestigieux Brevet d’études militaires supérieures. Cette formation venait s’ajouter à un cursus déjà solide.
Dès 1985, il avait obtenu aux Etats-Unis le diplôme du Command and General Staff College, témoignant ainsi de son ouverture sur les grandes écoles de pensée militaire et stratégique.
Sa carrière prit ensuite une dimension encore plus importante. En 1992, il occupa successivement les fonctions de directeur de cabinet au ministère délégué chargé de la Sécurité intérieure, puis celles d’adjoint au chef d’Etat-major particulier du président de la République, de septembre 1992 à septembre 1993.
De septembre 1993 à juillet 1994, il fut commandant de l’Unité spéciale mixte de lutte contre la fraude douanière. Il fut ensuite nommé, le 25 juillet 1994, directeur général des douanes du Mali, fonction qu’il occupa jusqu’au 2 mai 1996.
Cette période illustre une autre dimension de l’homme : sa capacité à mettre ses compétences militaires, son sens de l’organisation et son exigence de rigueur au service de l’administration publique et de la défense des intérêts économiques de la Nation. Mais le Général Mahamane Touré demeurait avant tout un soldat.
En 1997, il retrouva pleinement le cœur de la planification militaire en devenant Sous-chef d’Etat-major adjoint chargé des opérations à l’Etat-major général des Armées. Cette fonction stratégique lui permit de mettre son expérience du terrain et sa connaissance approfondie de l’institution militaire au service de la préparation et de la conduite des opérations.
De 1998 à 1999, il fut conseiller technique du ministre de la Défense et des Anciens combattants. Son expertise et sa connaissance des questions de défense furent ensuite mises au service de la diplomatie régionale et de la paix. De novembre 2000 à février 2002, il fut Envoyé spécial du secrétaire exécutif de la Cédéao en Sierra Leone, à une période où l’Afrique de l’Ouest était engagée dans de grands efforts pour restaurer la paix et consolider la stabilité dans plusieurs pays de la sous-région.
De février 2003 à janvier 2005, il occupa les fonctions de secrétaire général du ministère de la Défense et des Anciens combattants. Puis, de février à décembre 2006, il fut secrétaire exécutif adjoint chargé des affaires politiques, de la défense et de la sécurité au sein de la Cédéao.
Son expérience et son expertise le conduisirent naturellement à occuper, de janvier 2007 à février 2012, les hautes fonctions de commissaire chargé des affaires politiques, de la paix et de la sécurité à la Commission de la Cédéao.
A ce poste, le général Mahamane Touré participa aux efforts collectifs de notre espace communautaire pour promouvoir la paix, prévenir les conflits et renforcer la sécurité régionale. Il fut ainsi l’un de ces officiers maliens dont l’expérience et les compétences dépassèrent les frontières nationales. Le Mali pouvait être fier de voir l’un de ses fils contribuer à la recherche de solutions aux grands défis sécuritaires et politiques de l’Afrique de l’Ouest.
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En l’an 2000, aux Etats-Unis, il avait d’ailleurs obtenu un DEA / Master of Sciences en stratégie de sécurité nationale. Cette formation supérieure en stratégie venait confirmer l’évolution d’un officier qui, tout au long de sa carrière, avait su conjuguer l’expérience du terrain, la culture du commandement et la réflexion stratégique.
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Après cette riche expérience nationale et internationale, le Général Mahamane Touré fut appelé à servir à nouveau directement les institutions nationales dans une période particulièrement importante de l’histoire récente de notre pays.
De juillet 2012 à novembre 2013, il fut directeur général de l’Ecole de maintien de la paix Alioune Blondin Bèye. Il contribua ainsi à la formation et au perfectionnement de nombreux cadres civils et militaires engagés dans les domaines de la paix, de la sécurité et de la prévention des conflits.
Puis vint l’une des responsabilités les plus importantes de sa carrière. En novembre 2013, dans un contexte particulièrement difficile pour notre pays et pour les Forces armées maliennes, il fut nommé chef d’Etat-Major général des Armées. Il exerça cette fonction jusqu’en juin 2016.
A la tête des Armées, le général Mahamane Touré porta une lourde responsabilité. Il lui appartenait, avec les chefs militaires et les autorités nationales, de participer à la reconstruction, à la réorganisation et au renforcement des Forces armées maliennes dans un environnement sécuritaire marqué par de graves défis.
Son expérience accumulée durant plusieurs décennies, sa connaissance des institutions militaires et son sens de la stratégie furent alors mis au service de la Nation. Le général Touré fut un chef qui savait que la force d’une armée ne réside pas uniquement dans ses équipements ou dans ses effectifs. Elle réside également dans la discipline, la cohésion, la formation, la confiance entre les chefs et leurs hommes et, surtout, dans l’attachement indéfectible à la patrie.
C’est cet engagement qui a guidé toute son existence. Après avoir quitté les fonctions de Chef d’Etat-major général des Armées, il continua encore à servir la République. De juin 2018 au 29 juillet 2019, il fut ambassadeur de la République du Mali auprès de la République du Niger.
Cette mission diplomatique, exercée auprès d’un pays frère avec lequel le Mali partage une longue histoire et des défis communs, témoigne de la confiance renouvelée que les plus hautes autorités de l’Etat plaçaient en lui.
Enfin, de juillet 2019 à 2020, le général de division Mahamane Touré a exercé les fonctions de directeur du Centre d’études stratégiques du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Jusqu’à ses derniers jours, il demeurait ainsi engagé dans la réflexion stratégique et au service de l’avenir de notre pays.
Car un véritable soldat ne cesse jamais véritablement de servir.
Même lorsqu’il quitte le terrain.
Même lorsqu’il dépose le commandement.
Même lorsque les années passent.
Il continue de servir par son expérience, par ses conseils, par son exemple et par la transmission de son savoir aux générations nouvelles.
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Mesdames et Messieurs,
La brillante carrière du général de division Mahamane Touré fut également marquée par de nombreuses distinctions, témoignages de la reconnaissance de la Nation et de pays amis.
La République du Mali lui a notamment décerné :
– la dignité de commandeur de l’Ordre national du Mali ;
– le grade d’officier de l’Ordre national du Mali ;
– le grade de chevalier de l’Ordre national du Mali ;
– la Croix de la Valeur militaire à l’Ordre du groupement ;
– ainsi que la Médaille commémorative de campagne.
A ces distinctions nationales s’ajoutent de prestigieuses distinctions étrangères :
– Officier de la Légion d’honneur de la République française ;
– Officier de l’Ordre national du Niger ;
– Chevalier de l’Ordre national du Bénin ;
– Chevalier du Conseil international du sport militaire, le Cism.
Mais au-delà des décorations, des titres et des fonctions, la plus grande distinction d’un soldat demeure sans doute la reconnaissance de ses frères d’armes et le souvenir qu’il laisse dans le cœur de ceux qu’il a commandés, formés ou inspirés.
Mon Général,
Aujourd’hui, l’Armée de Terre s’incline devant votre mémoire.
Elle s’incline devant l’un de ses fils.
Car c’est dans ses rangs que vous avez appris le métier des armes.
C’est au sein des unités combattantes, et particulièrement dans les formations parachutistes, que vous avez fait vos premières armes de chef.
Vous avez connu la vie de section.
Vous avez commandé une compagnie.
Vous avez dirigé des écoles.
Vous avez occupé des postes d’Etat-major.
Vous avez été appelé aux plus hautes responsabilités militaires de notre pays.
Votre parcours constitue ainsi une source d’inspiration pour les jeunes générations d’officiers et de soldats.
Il nous enseigne que la grandeur d’un militaire ne se mesure pas uniquement à la hauteur des responsabilités qu’il atteint.
Elle se mesure aussi à sa fidélité à l’institution. A sa capacité à rester disponible lorsque la Nation l’appelle.
A son aptitude à servir dans l’ombre comme dans la lumière.
À accepter les missions les plus modestes comme les responsabilités les plus prestigieuses.
Et, surtout, à ne jamais oublier que l’uniforme est avant tout un engagement envers la patrie.
Vous avez été de ceux-là, Mon Général.
Un officier profondément attaché aux Forces armées maliennes.
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Un homme de devoir.
Un serviteur de l’Etat.
Un patriote.
Chère famille du général de division Mahamane Touré,
En ce moment de profonde douleur, aucun discours ne peut véritablement combler le vide que laisse la disparition d’un époux, d’un père, d’un grand-père, d’un parent et d’un être cher.
Mais nous souhaitons que vous trouviez dans la présence de la République, des Forces armées maliennes et de tous ceux qui l’ont connu, une modeste consolation.
Votre douleur est aujourd’hui la douleur de toute la Nation.
Le général Mahamane Touré appartenait à sa famille.
Mais, par son parcours, par son engagement et par le service rendu à la République, il appartenait également à l’Histoire des Forces armées maliennes.
Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Mon Général,
Le soldat peut disparaître.
Mais son exemple demeure.
Les responsabilités peuvent prendre fin.
Mais l’œuvre accomplie demeure.
Les années passent.
Mais le souvenir des grands serviteurs de la Nation demeure dans la mémoire collective. Le général de division Mahamane Touré nous quitte, mais il laisse à notre Armée et à notre Nation un héritage précieux : l’héritage du devoir, de la discipline, de la compétence, de l’engagement et du service désintéressé de la patrie.
Aujourd’hui, alors que notre pays poursuit avec détermination son combat pour la défense de son intégrité territoriale, la protection de sa population et l’affirmation de sa souveraineté, l’exemple de ceux qui, comme vous, ont consacré toute leur vie au service du Mali demeure une source de force et d’inspiration.
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Mon Général,
Au moment où vous allez rejoindre vos devanciers, vos compagnons d’armes et tous ceux qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour le Mali, permettez-nous de vous adresser un dernier salut.
Au nom de la République du Mali, nous vous disons merci.
Au nom des Forces armées maliennes, nous vous disons merci.
Au nom de tous vos frères d’armes, nous vous disons merci.
Et, au nom de l’Armée de Terre, votre armée d’origine, celle dans laquelle vous avez grandi comme soldat et comme chef, nous vous exprimons notre profonde gratitude et notre immense reconnaissance.
A votre épouse, à vos enfants, à toute votre famille, à vos proches et à tous ceux que cette disparition plonge dans la tristesse, nous présentons nos condoléances les plus attristées, les plus sincères et les plus fraternelles. Que le Tout-Puissant, dans Son Infinie Miséricorde, accueille le général de division Mahamane Touré dans Son Royaume de paix et lui accorde le repos éternel.
Général de division
Mahamane Touré,
Vous avez servi.
Vous avez commandé.
Vous avez transmis.
Vous avez honoré l’uniforme.
Vous avez servi le Mali avec fidélité.
Reposez en paix, Mon Général.
La Nation reconnaissante ne vous oubliera pas.
Les Forces armées maliennes ne vous oublieront pas.
L’Armée de Terre, votre famille militaire d’origine, gardera précieusement votre souvenir et votre exemple.
Honneur et gloire au général de division Mahamane Touré ! Que la terre du Mali, cette terre pour laquelle vous avez consacré toute votre vie, vous soit légère.
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Reposez en paix, Mon Général”.

