Je prends la parole aujourd’hui avec le cœur lourd, non pas pour accuser, mais pour témoigner de la souffrance profonde que vivent actuellement les populations de Macina et de ses environs.

J’ai appris avec une immense douleur l’assassinat de mon beau-frère à Macina, dans des circonstances particulièrement tragiques, par des individus non identifiés. Je me suis rendu sur place avec ma famille pour ses funérailles, avec l’espoir de soutenir les miens dans cette terrible épreuve.

Mais ce que j’ai découvert à mon arrivée dépasse la douleur de notre seule famille. J’ai retrouvé une population meurtrie, traumatisée et profondément inquiète, qui a le sentiment d’être abandonnée face à la violence.

Dans l’après-midi du mardi 15 septembre 2026, nous avons appris l’attaque du village de Touara, situé à environ 15 km de Macina. Selon les témoignages recueillis sur place, ce village aurait refusé tout accord avec les groupes armés et subirait depuis plusieurs années de fortes contraintes empêchant ses habitants de vivre normalement et d’exercer leurs activités.

Vers 23 heures, les premiers déplacés de Touara sont arrivés sur les rives de la ville Macina. Femmes, enfants, personnes âgées… des familles entières ont dû fuir précipitamment leur village, laissant derrière elles leurs maisons, leurs biens et parfois même des proches tombés au cours des affrontements.

Il est difficile de décrire l’émotion qui nous a saisis en voyant ces familles arriver, épuisées, désorientées et sans savoir ce que sera leur lendemain. Tôt mercredi matin, les rives de Macina étaient envahies par une foule immense : un village entier contraint à l’exode.

À midi, nous avons assisté à l’enterrement de neuf personnes dont les corps avaient pu être ramenés. Selon les informations qui nous ont été communiquées, cinq autres corps seraient encore restés sur place, tandis que le nombre de personnes disparues demeure indéterminé. Le village de Souleye aurait également été victime d’une attaque similaire, et les corps des victimes n’auraient, à ce jour, pas encore pu être récupérés.

Mais l’image qui restera gravée dans ma mémoire est celle de mères portant le corps sans vie de leurs propres enfants. Face à une telle tragédie, que peut-on dire ? Il ne s’agit plus seulement de chiffres ou de statistiques.

Derrière chaque victime, il y a une mère, un père, un enfant, un frère, une sœur, une famille. À travers ce témoignage, je souhaite simplement porter à la connaissance des autorités et de tous ceux qui peuvent agir la réalité humaine que vivent aujourd’hui les populations de Macina.

Des informations non encore vérifiées font également état de possibles menaces visant prochainement les villages de Saye et Sarro. Ces informations doivent naturellement être vérifiées par les autorités compétentes, mais elles renforcent l’inquiétude déjà profonde des populations.

J’en appelle donc aux autorités sécuritaires maliennes : la population de Macina a besoin d’une protection urgente. Ces familles ont besoin de sécurité, mais aussi d’assistance, d’écoute et d’un accompagnement humanitaire.

Macina ne demande pas de privilège. Macina demande simplement le droit de vivre. Que Dieu protège les populations innocentes, apaise les familles endeuillées et accorde sa miséricorde à toutes les victimes. Paix aux disparus. Courage aux familles. Protection pour les vivants. Et que la paix revienne à Macina.

Mercredi 16 septembre 2026

Bourama Diarra (biologiste) de retour de Macina