Les premières sessions confédérales des Parlements de l’AES se sont ouvertes le 24 août 2026 à Niamey avec 45 représentants, soit 15 par pays.

Cette installation complète une partie importante de l’architecture commune, mais la légitimité de la nouvelle instance dépendra moins de la cérémonie que de sa capacité à informer les citoyens, interroger les ministres et produire des résultats visibles.

Pouvoir exécutif

Niamey a accueilli une étape que les trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) veulent historique. Des représentants des organes législatifs du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont pris place dans une enceinte commune.

L’ouverture a été présidée par le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, représentant le président Abdourahamane Tiani, tandis que le président de l’organe législatif burkinabè, Ousmane Bougouma, dirige les sessions dans le cadre de la présidence tournante de la Confédération.

Le symbole est fort. Après la création de l’Alliance en septembre 2023 et celle de la Confédération en juillet 2024, l’AES ne veut plus être perçue uniquement comme une coordination de défense ou une entente entre exécutifs. L’installation d’une enceinte parlementaire introduit, au moins dans les textes, une possibilité de débat, de circulation de l’information et de dialogue avec le Conseil des ministres.

Il faut pourtant nommer correctement l’institution pour comprendre ce qu’elle peut faire. Le protocole signé à Bamako le 23 décembre 2025 comporte 27 articles répartis en huit chapitres. Il prévoit 15 députés confédéraux par Parlement national, deux sessions ordinaires par an et une présidence assurée par le responsable du Parlement de l’État qui préside la Confédération.

La première séquence d’installation, annoncée pour les 24 et 25 août, doit être suivie du 26 au 29 août par une session ordinaire consacrée notamment aux règles de fonctionnement et aux premiers dossiers communs.

Un Parlement au pouvoir surtout consultatif

Dans son état actuel, cette instance ne ressemble pas à un Parlement supranational qui adopterait directement des lois applicables de la même manière dans les trois pays. Le protocole lui confie la mission de délibérer et d’émettre des avis sur les questions soumises par le Collège des chefs d’État et sur les sujets intéressant la vie de la Confédération. Cette nuance est essentielle. Elle évite de promettre aux citoyens un pouvoir législatif que les textes ne lui donnent pas encore.

Les 45 membres ne sont pas élus directement à l’échelle confédérale. Ils sont désignés par les Parlements nationaux selon leurs propres règles, pour la durée de leur législature, et peuvent être remplacés conformément au droit national.

L’égalité de quinze sièges par État protège l’équilibre politique entre les trois membres, quelle que soit leur population. Elle ne règle toutefois pas la question de la représentation sociale, territoriale et politique. Dans des régimes de Transition, la légitimité ne pourra pas reposer seulement sur la désignation. Elle devra se construire par la qualité du travail, l’ouverture au public et la capacité à rendre compte.

Le protocole contient justement des leviers plus importants qu’il n’y paraît. Les députés confédéraux doivent voter en toute indépendance et exprimer librement leurs opinions. Ils peuvent organiser des séances de travail avec les membres du Conseil des ministres.

L’article consacré à l’information des populations leur donne aussi une responsabilité directe envers les citoyens. Utilisées sérieusement, ces dispositions peuvent transformer une instance consultative en espace de questionnement public et de suivi des engagements communs.

Faire de Niamey un début et non une vitrine

La première exigence devrait être la transparence. La liste complète des représentants, leur parcours, les règles de prévention des conflits d’intérêts, les ordres du jour, les présences, les avis adoptés et les suites données par les ministres devraient être accessibles.

Les sujets sensibles de défense imposent naturellement des limites, mais la confidentialité ne saurait devenir le régime ordinaire pour les questions économiques, sociales ou administratives.

La deuxième exigence concerne la proximité. Des auditions publiques de transporteurs, d’entrepreneurs, de femmes, de jeunes, d’élus locaux et d’organisations de la société civile permettraient de faire remonter les problèmes communs.

Des comptes rendus courts dans les langues nationales donneraient un contenu concret à la mission d’information prévue par le protocole. Sans cet effort, le Parlement confédéral risque de rester connu des seules capitales et de ceux qui suivent les cérémonies officielles.

Enfin, l’instance doit choisir quelques dossiers sur lesquels les citoyens pourront mesurer son utilité. La circulation entre les trois pays, la reconnaissance des diplômes et qualifications, les coûts de communication, les paiements transfrontaliers, la protection des commerçants, l’entretien des corridors et le contrôle civil des grandes institutions confédérales offrent des terrains concrets.

Le Parlement n’a pas besoin de promettre de tout régler. Il doit obtenir des réponses, fixer des délais de suivi et montrer ce qui change à la suite de ses avis.

L’AES a franchi une étape institutionnelle réelle à Niamey. La saluer n’interdit pas d’en rappeler les limites. Les 45 représentants disposent aujourd’hui d’un pouvoir surtout consultatif, mais ils peuvent faire de ce pouvoir un instrument de redevabilité, d’harmonisation et de pédagogie publique.

Si les sessions se réduisent à deux rendez-vous protocolaires par an, l’enthousiasme retombera vite. Si elles rendent les décisions plus compréhensibles, rapprochent les ministres des préoccupations communes et publient le suivi de leurs travaux, elles pourront donner à la Confédération une profondeur que les sommets, à eux seuls, ne peuvent pas produire.

Pouvoir exécutif

Cheick B. CISSE