Dans un contexte où les équilibres agricoles africains sont soumis aux chocs climatiques, aux tensions financières et aux incertitudes des marchés internationaux, la 106ᵉ session du Conseil d’administration de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT-SA) a pris des allures de rendez-vous stratégique.

Réunie ce mercredi matin au siège de l’institution à Bamako, sous la présidence de son Président-Directeur général, Kouloumégué Dembélé, l’instance a validé les grandes orientations budgétaires et financières pour l’exercice 2026, dans une atmosphère mêlant gravité et détermination.

Autour de la table  administrateurs, directeur général adjoint, directeurs centraux et régionaux, notaire, commissaire aux comptes et représentants de la presse nationale. Après vérification des mandats et constatation du quorum, les travaux ont porté sur six points majeurs, dont l’examen et l’approbation du budget 2026, le financement de la campagne 2025-2026, la situation de la commercialisation et l’applicabilité du nouvel accord d’établissement de juillet 2024.

Une filière sous pression, entre vulnérabilités structurelles et chocs conjoncturels

« Cette session dédiée à l’examen et à l’approbation du budget pour l’exercice 2026 relève d’une importance capitale pour nous », a déclaré d’emblée le PDG,  Kouloumégué Dembélé posant le cadre d’une année charnière.

La filière cotonnière malienne, pilier du monde rural et source essentielle de devises, évolue dans un environnement sous tension. Au plan national, l’insécurité persistante dans certaines zones de production, les difficultés d’approvisionnement en intrants stratégiques, ainsi que les tensions de trésorerie ont pesé sur la campagne. À l’échelle internationale, la faiblesse du dollar face à l’euro et la tendance baissière des cours mondiaux de la fibre ont comprimé les marges.

À ces facteurs s’ajoutent les aléas climatiques : irrégularité pluviométrique, inondations localisées, pression parasitaire accrue, notamment l’invasion des jassides qui a affecté la production 2025-2026. Une conjonction de risques qui rappelle la vulnérabilité des économies agricoles dépendantes des matières premières brutes.

Pourtant, la CMDT-SA revendique une posture « offensive et structurée », misant sur l’anticipation financière, la discipline budgétaire et le renforcement de la chaîne de valeur.

Soutien politique et consolidation de la confiance

Dans un message appuyé, le PDG a salué l’accompagnement des autorités de la Transition, citant le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, et le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga. Selon lui, cet appui a permis d’anticiper plusieurs dossiers sensibles notamment le paiement anticipé des producteurs et fournisseurs, la mobilisation des financements nécessaires à la campagne, acquisition et mise en place des produits phytosanitaires contre les jassides.

Dans une filière où la confiance conditionne la mobilisation paysanne, le règlement rapide des producteurs constitue un signal décisif. Il sécurise les revenus ruraux, stabilise les exploitations familiales et limite l’endettement informel.

Le PDG a également salué l’engagement des partenaires techniques et financiers, des transporteurs, transitaires, assureurs, du pool bancaire et des courtiers. « L’engagement collectif constitue le moteur de notre résilience », a-t-il souligné.

Un budget 2026 ambitieux et orienté vers l’équilibre

Au terme de près de trois heures d’échanges, le Conseil d’administration a adopté les procès-verbaux des 104ᵉ et 105ᵉ sessions (20 mai et 15 octobre 2025), examiné et approuvé le budget 2026, et validé les mécanismes de financement de la campagne 2025-2026.

Les agrégats budgétaires traduisent une volonté de redressement maîtrisé en produits à 418,514 milliards FCFA, en charges à 408,314 milliards FCFA et en investissements à 10,536 milliards FCFA, pour un résultat prévisionnel estimé à +10,2 milliards FCFA.

Ce résultat positif attendu marque une inflexion dans la trajectoire financière de la société. Il vise à consolider la trésorerie, renforcer la crédibilité vis-à-vis des partenaires bancaires et contribuer à la stabilité macroéconomique nationale.

Depuis la campagne 2021-2022, la CMDT-SA s’efforce de préserver l’équilibre financier de la filière, aux côtés du secteur aurifère, autre pilier stratégique de l’économie malienne. Dans un pays où le coton irrigue des centaines de milliers de ménages, la solidité de l’entreprise publique dépasse la seule performance comptable. Elle engage la cohésion sociale rurale.

Modernisation industrielle et ancrage territorial

Au-delà de la gestion conjoncturelle, la stratégie adoptée s’inscrit dans une dynamique de transformation structurelle. Le plan de relance prévoit la modernisation des 18 usines existantes afin d’améliorer la qualité des graines et des fibres, condition essentielle pour maintenir la compétitivité sur les marchés internationaux.

La création de nouvelles unités industrielles dans la région de Kita figure également parmi les priorités. Ce choix territorial vise à rapprocher l’outil industriel des zones de production, réduire les coûts logistiques et stimuler l’emploi local sans oublier le processus de passage aux énergies renouvelables.

Cette orientation répond à un double impératif à savoir, accroître la valeur ajoutée locale et limiter l’empreinte environnementale liée au transport. À l’heure où la transition écologique devient un standard mondial, l’intégration de considérations climatiques dans la stratégie industrielle constitue un signal fort.

Une filière au cœur des enjeux de souveraineté économique

Dans un monde agricole soumis aux aléas climatiques et aux fluctuations géopolitiques, la 106ᵉ session du Conseil d’administration envoie un message de discipline et de continuité stratégique. La CMDT-SA entend consolider sa place comme acteur central du développement rural, garant de revenus pour les producteurs et levier de souveraineté économique.

La relance engagée repose sur trois piliers : rigueur de gestion, modernisation industrielle et mobilisation collective. L’objectif affiché est de positionner durablement le coton malien par la qualité, la compétitivité et la transformation locale accrue.

Au-delà des chiffres, cette session aura rappelé une évidence dans un pays sahélien où l’agriculture structure l’espace social, l’avenir du coton est indissociable de celui du monde rural. Entre résilience et ambition industrielle, la CMDT-SA avance avec la conviction que la confiance collective demeure son principal capital.

 

Par Mamadou Camara, Info360.Info, Médaillé du Mérite national avec effigie Abeille